Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Petites histoires alimentaires...et autres...

par Geneviève Cotty

                                      Encore et toujours, je reviens sur ces années de guerre qui ont parfois été si tristes..

                                      Et pourtant, il nous arrivait de rire de nos petits malheurs journaliers alors que notre coeur était si serré...En règle générale nos rires se rapportaient à la nourriture ! Il est bien certain que jamais nous n'avions mangé comme ça ! le café sans café...sans sucre ou presque...Nous avions la chance d'avoir un jardin et ma mère aimait le jardinage...Alors, dans les ex-massifs de fleurs, on a vu fleurir des haricots, pousser des pommes de terre habitées par une armée de bestioles (j'ai nommé les doryphores), des carottes, des navets, des salades et tout ce qu'on pouvait faire pousser et qui était susceptible d'être mangé ! Ah ! ces doryphores, quels souvenirs...Pour la reproduction de l'espèce, je crois qu'il n'y a pas plus rapide ! tous les matins, nous leur faisions la chasse et il fallait surtout bien les écraser...c'était ab-so-lu-ment dégoûtant ! Vous pensez que nous étions tranquilles pour un bout de temps ? certes non ! le soir, il y en avait de nouveaux et tout était à recommencer ! C'est pour cette raison d'ailleurs que nous appelions les occupants "les doryphores"...il y en avait aussi toujours autant ! Enfin, nous arrivions à faire de la soupe, nous buvions le bouillon et nous mangions les légumes....Au moins, nous savions ce que contenait ce que nous mangions !

                                       Et les rutabagas ! moi, j'aimais bien le goût (ce qui faisait dire à mon père que j'avais des goûts "contre nature"). Formidable ce truc...ça se mange et ça ne vous nourrit pas ! c'est sans doute la raison qui faisait qu'ils étaient "sans tickets"...Je passe sur les minimes quantités de viande, beurre, oeufs etc...Parce que ça, c'était extraordinaire, du jour où les allemands sont arrivés et nous ont occupés, les poules ont cessé de pondre ! C'est peut-être ça le patriotisme des poules ? Les vaches ne donnaient plus de lait non plus....Allez comprendre !

                                       Le pire dans l'alimentation, c'était ce qui nous était vendu sans tickets ! On n'a jamais bien su avec quoi c'était fabriqué....Je me souviens d'un repas où nous avions commencé par du bouillon agrémenté de flocons d'avoine (bof...) et ensuite, du pâté de poisson...oh là là ! qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Impossible de le dire...c'était gris, mixé, mauvais, écoeurant (ne pas renouveler l'expérience). Et ensuite, nous avons terminé par du fromage blanc sans ticket ! ça, fallait le faire ! du plâtre ! de quoi étouffer toute une escouade, tout à fait immangeable ! Ma pauvre mère était contrariée et déçue de son repas sans tickets...Nous étions quand même solides puisque nous en avons réchappé !

                                      Et les vêtements, avec bons de textile, bien entendu...Les tissus ne semblaient pas trop mal, mais on disait qu'il y avait du bois dedans...tout était possible à l'époque...Je me souviens d'un ensemble que j'avais acheté pour aller au mariage d'une amie. Je l'aimais beaucoup, mais j'ai eu le tort de le mettre un jour de pluie. J'étais en bicyclette et j'ai reçu une bonne averse...Terminé l'ensemble....il avait perdu au moins dix centimètres en hauteur et en largeur ! Et pour en avoir un autre, il me fallait attendre une nouvelle distribution de bons ! Quant aux chaussures, elles étaient à semelles de bois. Un ami nous les réparait en protégeant les semelles avec des vieux pneus de voitures....

                                     Quelle vie ! Quelle époque ! mais au moins, j'ai des souvenirs à raconter...On se console comme on peut !

Voir les commentaires

Un petit retour en arrière....

par Geneviève Cotty

                                      Ces souvenirs me reviennent un peu dans le désordre ! Pourquoi ne pas le dire, ils sont "en vrac" dans ma tête ! Il faudra bien que je fasse mon classement mais j'avoue humblement que ce n'est pas ce que j'ai préféré dans ma vie professionnelle......

                                      Je les confie donc comme ils m'arrivent, avec une chronologie qui laisse à désirer.

                                      Je voulais reparler des restrictions de tous ordres auxquelles nous étions astreints ! Lorsque je me suis mariée il n'était pas possible d'acheter des bijoux en or...Celui-ci faisait partie des matériaux "contingentés"...Il fallait alors donner en échange une contre-partie du même poids je crois (peut-être même un peu plus). Et payer quand même bien sûr ! Alors, pour avoir une bague de fiançailles et des alliances, mes beaux-parents se sont séparés d'une jolie chaîne de montre ancienne ayant appartenu au grand-père de mon mari ! Donnant-donnant (tiens, j'ai déjà entendu cette expression il n'y a pas si longtemps !). Cela avait fait de la peine à la mère de mon mari, mais....qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour avoir la fille "charmante et gentille" comme dans la chanson ! En l'occurence, ce n'était pas à la maman qu'il fallait faire du boniment...mais au bijoutier, pour qu'il ne se montre pas trop gourmand ! La loi était là, bien sévère ....On en était revenu au bon vieux troc !

                                        M'étant mariée au mois d'août donc en été, j'avais eu droit à des bons de vêtements et un bon de chaussures...Oui, mais....je n'ai pas pu en avoir d'autres pour l'hiver....deux solutions se présentaient : ou me promener tout l'hiver en tenue d'été et de cérémonie, ou comme bien d'autres....ne pas respecter les interdits et les règlements à la lettre.... Pas de commentaires, mais marcher tout l'hiver avec des chaussures blanches, en toile, est-ce que c'était vraiment possible ? Peut-être pas.

                                        Quand je repense à tout ça qui, étant donné ce que nous avions vécu, n'était pas dramatique, j'ai plutôt envie de sourire...ça fait partie des souvenirs qui mettent un peu de sel et d'épices dans la cuisine de la vie ! Si tout allait toujours comme sur des roulettes, est-ce que ça ne serait pas un peu monotone ? Et puis, quand nous avions une petite joie, ou un petit cadeau, nous savions apprécier.....Nous n'étions pas blasés ! Il y avait si peu de choses....

Voir les commentaires

Et la vie continue....

par Geneviève Cotty

                                       Non je ne suis pas et surtout nous n'étions pas pessimistes !

                                      Mon mari qui revenait d'Allemagne où il avait été emmené "en voyage organisé" et qui en était revenu après avoir été libéré par les Russes qui les avait emmenés en Russie à pieds bien entendu, et moi qui avais supporté comme tant d'autres ces années de malheurs, de peurs...nous ne voyions pas très bien ce qui pouvait nous arriver de pire ! Supporter les restrictions ? ça nous en avions l'habitude ! Nous avions du travail, un logement (ce que tous les jeunes mariés n'avaient pas). Bon, alors nous nous sommes mis courageusement à l'ouvrage.... Et moi, j'ai commencé mes expériences de jeune femme...Mon pauvre mari, comment a-t-il pu résister ? Les bretons sont comme leur granit heureusement ! Si on m'avait dirigé sur un minimum d'études et sur un métier que je finissais par accepter, on avait oublié de m'apprendre à faire la cuisine !!! C'est vrai que pendant l'occupation, pour les cours de cuisine, il aurait fallu avoir les matériaux !  Enfin, petit à petit, je m'y suis mise, aidée d'un livre de cuisine que mon père m'avait offert (il craignait pour la vie de son gendre sans doute). Ce livre de cuisine était extra ! il me donnait par exemple la recette pour faire cuire un cochon de lait entier, mais pas de recette pour une simple côtelette ! Comme je ne voulais pas encore me lancer dans de la grande cuisine, j'ai pensé que c'était plus rationnel de me fier à des souvenirs d'avant-guerre quand j'admirais ma mère lorsqu'elle était aux fourneaux ! Le résultat était sans doute acceptable, puisque personne n'est mort....

                                        Et puis nous avons eu des enfants...ça non plus on ne m'avait pas appris, les filles à l'époque n'étant pas très au courant  et ce au nom de la morale. Mais c'était terriblement dangereux et parfois dramatique....Si je déplore quelquefois la  trop grande liberté données aux jeunes, je crois qu'il était nécessaire de supprimer ces tabous, qui n'étaient bien souvent que de l'hypocrisie. ...C'était toute une époque à réformer ! C'est fait, trop vite peut-être ? Je ne peux pas être juge... L'avenir le dira.

                                        1947, 1951, 1953, années de joies et de plus de responsabilités....mais belles années !

                                         Au mois de janvier 1949, grande tristesse pour mes parents et pour moi aussi. Les cendres de mon frère André, tué dans l'Oise le 9 juin 1940 ont été rapatriées à Juvisy où il repose désormais dans le "Carré des Soldats" . Ce fut une dure journée que ce RETOUR ...qui nous ramenait plusieurs années en arrière et nous rappelait toutes ces journées d'attente, d'incertitude pour arriver à cette certitude horrible : André si gai, si jeune, si dynamique, n'était plus...Il avait suffi d'une grenade... Je pense toujours à ce frère que j'admirais et aimais...C'était toute ma prime jeunesse...On ne peut jamais effacer son passé complètement.

                                         Mais la vie a continué avec ses joies, ses peines.....Parmi les joies, l'arrivée de petits-enfants
qui eux-mêmes me donnent des arrières petits-enfants et me comblent. Parmi les peines, la disparition d'êtres chers , trop tôt partis parfois...On se rebelle contre cette injustice, le départ d'un enfant...On ne peut pas oublier mais la vie est là quand même, avec ses souvenirs. Faisons avec ! 

                                         Penser que nous avons eu la chance de connaître tous les progrès dans tous les domaines, du XXème siècle et du début du XXIème siècle, n'est-ce pas merveilleux ?  J'aime cette époque actuelle (qui cependant n'est pas toujours drôle !)...Restons jeunes que diable ! La vieillesse, c'est dans la tête...Quand je mets la vaisselle sale dans mon lave-vaisselle, je me dis que "c'est drôlement chouette" ! et que même, si ce truc-là avait existé quand j'étais jeune, j'aurais été bien contente....Alors, pas de regrets... Allons de l'avant.

                                         

                                        

Voir les commentaires

A nouveau en temps de paix.....

par Geneviève Cotty

                                      Eh bien oui, vive la paix.... Nous voulions profiter de cette époque bénie que nous n'avions pas connue depuis longtemps. Et pourtant, que de difficultés pour arriver à cette plénitude et à cette quiétude ! Mais c'était le lot de bien des jeunes ménages, et nous ne reculions devant rien.... N'avions-nous pas connu pire ? oh que si !

                                      Donc nous voici installés dans notre vie de jeunes mariés d'abord, puis de jeunes parents....Nous nous organisions tant bien que mal tous les deux, comme deux braves. A cette  époque, il n'était pas encore d'usage que l'homme de la maison "mette la main à la pâte". Or, moi, j'avais cette chance inouïe, mon mari m'aidait à la maison ou pour les enfants....à la grande réprobation de mon père qui trouvait "que ce n'était pas son rôle" !!! Que dirait-il maintenant ? Hommes et femmes se partagent les tâches en toute simplicité, comme ils se partagent le travail à l'extérieur. Mon père en était encore resté à l'ancien temps.... Le travail domestique partagé, ce fut un réel progrès et pourquoi ne pas le dire, une révolution ! Ne vous redressez pas Messieurs, vous ne faites que votre devoir ! bon, on vous remercie quand même ! Il y a peut-être encore quelques récalcitrants ? Les habitudes, lorsqu'elles sont bien ancrées, ont bien du mal à disparaître !

                                       Oui, nous avons eu de très bonnes années, avec des soucis bien entendu puisque la vie ne comporte pas que des joies ! Mais il n'y avait pas de soucis concernant la situation, sauf lorsqu'on voulait évoluer...Je l'ai déjà dit, le travail ? il y  avait plus d'offres d'emploi que de demandeurs d'emploi...Les salaires n'étaient pas tous mirobolants, mais lorsqu'on travaillait à deux dans le couple, on pouvait vivre....Les dépenses diverses étaient moins importantes (surtout à la fin des années 1940/début 1950) puisqu'on ne trouvait pas grand-chose !  Et il n'y avait pas de chômage, ou si peu... Les progrès que personnellement  j'approuve et ai appréciés au maximum, ont commencé à modifier l'état des finances, mais aussi la qualité de la vie ! on ne peut vivre toujours comme au XIX ème siècle !  Donc, la comparaison entre l'époque actuelle et l'immédiat après-guerre n'est pas facile à faire !  Il faut savoir vivre avec son temps....

                                      Malheureusement vers les années 1975, le chômage est arrivé en force ! Qui n'a pas perdu sa situation un jour ou l'autre, avec tous les inconvénients qui en découlent ? Moralement d'abord : ce n'est pas facile de se dire qu'on ne sert plus à rien, que tout ce qu'on a appris ne sert à rien etc... Et pour les jeunes, faire des études qui ne leur permettront peut-être pas d'exercer le métier qu'ils ont très envie de faire et en prévision duquel souvent, ils se sont privés de sortie entre copains ou autres plaisirs.? Et pour leurs parents qui se sont sacrifiés pour leur donner une bonne formation ? Et les retombées financières du chômage ? elles peuvent être dramatiques.

                                      Quand je compare notre vie de jeunes (il y a bien longtemps en ce qui me concerne) à la vie actuelle, je me dis que, bien sûr, nous avons connu des périodes troublées et dramatiques que je ne souhaite à personne de vivre à nouveau, mais que dans un autre ordre d'idées, si ce ne sont pas les mêmes dangers qui  menacent nos jeunes actuellement,  ils ont quand même bien des épées au-dessus de leurs têtes ! 

                                       Deviendrais-je pessimiste ? Non...simples constatations ...

                                      

Voir les commentaires

Quelques réflexions sur cet "après-guerre"....

par Geneviève Cotty

                                      Adieu la guerre...Vive la paix !

                                      Essayer d'oublier la période que nous venions de vivre, non ce n'était pas possible. Il y eut trop de morts, trop de foyers détruits, trop de dégâts de tous ordres.  Mais essayer d'aller de l'avant en évitant, si possible, les erreurs du passé, ça nous pouvions et devions le faire. Il en allait de notre vie future et de celle de nos enfants.  Avec le recul, je crois que chaque français s'est attelé à la tâche, aussi ardue soit-elle.

                                      Tout changeait. Les femmes prenaient dans la vie de la nation une place qu'elles n'avaient jamais eue. Oh ! leur rôle était beau avant la guerre : "Gardienne du foyer", ceci voulant spécialement dire qu'elles entretenaient bien la maison, s'occupaient bien du mari et des enfants.... Mais elles ont démontré que, tout comme les hommes et en l'absence de ces derniers, elles pouvaient subvenir aussi aux besoins matériels du ménage, ce que la plupart avaient fait pendant ces six années, en plus du rôle habituel qui leur était dévolu ! Elles ont fait l'admiration de tous, ne se plaignant jamais...Je pense que les prisonniers et ils étaient très nombreux, devaient pour la plupart être rassurés à l'idée qu'en leur absence, tout n'allait pas à vau-l'eau chez eux ... Elles se sont montrées courageuses également en entrant dans la Résistance et ont fortement contribué à cette libération tant souhaitée. Donc, reconnaître leur utilité et l'élargissement de ce terme de "gardienne du foyer", c'était justice ! Elles avaient enfin leur mot à dire...Elles ont obtenu le droit de vote en 1944 et par la suite, mais petit à petit, d'autres droits...Il a fallu quand même quelques années pour ça ! Il est bien difficile d'abandonner des habitudes...

                                         Les hommes eux, avaient encore beaucoup à faire ! Se réadapter à la vie normale...Je me souviens que pour certains, ce n'était pas facile. Les enfants avaient grandi sans leur père et parfois même ne se souvenaient plus de lui, trop jeunes qu'ils étaient au moment de leur départ. Peut-être le considéraient-ils même comme un intrus ? Je sais qu'autour de moi j'ai entendu parler de bien des petits (?) drames familiaux.... Tout était à remettre "à plat". Cette scission dans la vie familiale laissait des traces...Les restrictions qui perduraient n'étaient pas le plus grand souci de certaines familles.

                                         Pour nous consoler disons, la guerre comme toutes les guerres, avait accéléré les progrès. On a pu petit à petit avoir accès à un mode de vie différent de ce qu'il était avant 1939.  L'industrie dans tous les domaines a fait des bonds extraordinaires et dans le domaine électro-ménager a rendu le travail des ménagères moins pénible...Et il y eut bien d'autres avancées : en médecine, dans le domaine social etc.... Mais pour tout ça, il a fallu quand même du temps, du courage et bien des sacrifices.... On ne se rend pas toujours compte maintenant de ce qu'était la vie il n'y a encore pas si longtemps...Qui se souvient des lessiveuses, de l'eau qu'il fallait aller chercher à une fontaine, du feu qu'il fallait allumer et j'en passe !  Et la télévision, et les ordinateurs...Mais non, ça n'a pas toujours existé ! 

                                         Mais je suis quand même persuadée que malgré ces progrès, il est préférable de ne pas connaître la guerre. .. Vive la Paix !

                                        

Voir les commentaires

encore des années difficiles....

par Geneviève Cotty

                                      Cette guerre était donc terminée, la vie allait pouvoir reprendre un cours normal....tout au moins, on le croyait. Bon, l'espoir fait vivre dit-on.....Mais pour un cours normal, il aurait fallu pouvoir gommer ces six années. Je n'ai pas connu une seule famille qui, d'une façon ou d'une autre n'avait pas été touchée.  Beaucoup de français manquaient à l'appel, soit décédés en Allemagne, soit tués lors des combats; d'autres revenaient malades et dans l'impossibilité de mener une vie normale. Rien que dans mon ancien quartier de l'avenue du Miroir à Juvisy et Athis, nous avions perdu des voisins tués ou disparus lors du bombardement. Et des amis de jeunesse très proches, camarades de classe de mon frère ou moi, n'étaient pas revenus, tout comme mon frère André. Quant aux maisons, en partie ou totalement détruites, elles laissaient aussi un grand vide...

                                        Non, la vie n'allait pas être comme avant.....

                                        Ce qui nous donnait du courage, c'était cette sensation de liberté que nous avions alors ! Ne plus avoir peur parce qu'on avait raté un train pour revenir de Paris et qu'on risquait de rencontrer une patrouille allemande, l'heure du couvre-feu étant passée. Ne plus avoir peur des sirènes, des alertes, des bombardements, de tout et de rien !........en un mot, vivre avec l'esprit tranquille.  C'est cela qui donne la sensation de liberté. Je pense bien souvent aux pays qui sont en guerre civile ou autre, et dont les habitants vivent dans la peur. C'est très dur à supporter..

                                         Notre liberté, chèrement acquise, s'accompagnait de petits inconvénients, les mêmes que durant la guerre, mais qui nous semblaient bien mieux supportables. Je veux parler des restrictions diverses qui elles étaient toujours là ! Pas de voitures parce que pas d'essence, pas de chauffage, des coupures d'électricité et de gaz, des restrictions alimentaires, les tickets de rationnement..;enfin tout l'éventail de ce dont nous pouvions être privés. Je me souviens de ce pain que nous avons eu en 1946, lorsque j'étais jeune mariée !!! On l'appelait pain de maïs... il était très dur et lourd et étouffant comme on ne peut pas s'imaginer ! Nous en avions 350 grammes par jour, mais que faire avec ? à part assommer le voisin qui vous ennuyait ? Je me souviens aussi de ces quelques grammes de beurre que nous "touchions"....C'était petit...petit... Et  j'avais épousé un breton qui m'avait fait très peur lorsque je l'avais vu faire sa première tartine de beurre au petit-déjeuner ...Très timidement, j'avais dû lui faire remarquer qu'on ne ferait pas un mois avec la ration s'il en mettait autant sur une seule tartine ! Les bretons aiment le beurre, c'est bien connu...mais tout de même ! 

                                          Nous avons donc continué, comme nous en avions l'habitude, à nous servir de tous ces tickets. Au fond, c'est le premier pas qui coûte, et le premier pas datait de 1940 ! il suffisait de continuer...Mais on trouvait quand même un peu plus de choses sans tickets...par exemple, au début de mon mariage, j'avais pu avoir un lièvre...de 8 livres...pour mon mari et moi ! croyez-moi, ça fait beaucoup ! j'avais confondu lièvre et lapin de garenne, et quand vous n'avez pas de réfrigérateur, c'est une grave erreur...surtout au mois de septembre quand il fait encore chaud ! Je n'ai plus jamais acheté de lièvre pendant vingt ans....

                                           Le mariage, bien sûr, nous avions l'âge...mais quand on ne trouve ni appartement, ni meubles, ni vaisselle, ni linge et que d'un autre côté vous ne pouvez rien apporter de chez vous puisque vous avez tout perdu dans un bombardement, c'est faire preuve de légèreté,  non ? Amis, famille voyant bien que nous n'avions pas trop la tête sur les épaules, ont oeuvré pour nous ! heureusement ...Si nous avions  "zappé" notre jeunesse, nous en avions au moins gardé l'insouciance.....et elle était sans tickets !

                                            Petit à petit, les choses se sont arrangées. Tout le monde s'est mis au travail, il y en avait tant ! Construire, reconstruire.....Les programmes étaient vastes. Pas de chômage à l'époque...votre emploi ne vous plaisait pas le matin ? qu'à cela ne tienne, vous en aviez un autre l'après-midi....Le mot d'ordre devait être, pour tous les employeurs potentiels "Venez travailler chez moi"....ça fait rêver...

                                            Et puis, il y a eu beaucoup de naissances...je m'en suis occupée aussi ! On ne peut rester inactif quand tout le monde travaille......

Voir les commentaires

En marge de la fête des Mères...réflexions

par Geneviève Cotty

                                       La fête des Mères c'était hier 25 Mai.....Je reviens un instant sur cette fête. Souvenir ? non pas tout à fait puisque, comme je l'ai indiqué hier, dans mon enfance, la Fête des Mères n'existait pas ! Tout au moins n'était-elle pas officialisée. J'ai lu tout dernièrement que c'était Napoléon qui en avait eu l'idée, mais que c'était resté à l'état de projet...Il a fallu attendre 1941 pour que le Maréchal Pétain instaure une "journée nationale des Mères".

                                       Donc, dans ma première jeunesse, avant la Seconde Guerre Mondiale, point de fête des mères ! Je ne me souviens pas avoir fêté ce jour dédié à toutes les mères. Mais depuis 1941...oui, je me souviens. J'étais alors une jeune adulte , (pas encore majeure officiellement) mais prête à fêter cette mère qui se dévouait autant pour que je ne sois pas trop privée alors qu'on manquait de tout. Elle qui avait tant de peine moralement, je lui devais bien ça ! Alors, merci Maman, pour tout. A  cette époque de pénurie, la valeur des cadeaux ne comptait pas beaucoup...on faisait ce qu'on pouvait faire et c'était peu. Mais un bouquet de fleurs, une marque d'affection, font parfois beaucoup plus que le plus coûteux des cadeaux.

                                        Et tu vois Maman, parce que je me souviens, je t'appelle toujours Maman comme une petite fille et ce malgré mon âge déjà avancé...Je ne peux pas faire autrement. Tu es partie depuis vingt ans, mais il ne se passe pas un jour sans que je pense à toi. Oh ! Bien sûr, comme tous les jeunes et même moins jeunes, je n'étais pas toujours d'accord avec toi ! La vie est faite de hauts et de bas et où irions-nous si les enfants ne croyaient pas en savoir plus que leurs parents ? C'est humain ça, mais l'affection n'entre pas du tout en ligne de compte ! Mais quand je me souviens, je me dis que tu étais "drôlement" courageuse et je t'admire.

                                        Ce n'est pas la vieillesse qui donne des cheveux blancs. Ils sont constitués de tous les soucis, les veilles passées pour des maladies enfantines ou tout simplement pour faire un petit objet ou un vêtement dont les petits ont envie et que , très souvent, malgré la bonne volonté des parents, il n'est pas possible d'acheter ! Et ça, dire "non je ne peux pas", je crois qu'il n'y a qu'une mère pour savoir combien c'est difficile. Alors, la mère dans ce cas, fait tout ce qu'elle peut pour éviter à l'enfant d'être trop déçu. Tout simplement parce qu'elle l'aime......

                                        "Une Maman ça n'a pas d'âge,
                                        "C'est toujours jeune et toujours bon,
                                        "Une Maman c'est du courage,
                                        "De la tendresse et du pardon"

                                       Un petit garçon aimant avait écrit ça sur un beau dessin fait pour sa grand-mère. Te souviens-tu  Maman ?

Voir les commentaires

"simple souvenir"..

par Geneviève Cotty


En cette fête des Mères...

                             Je veux simplement aujourd'hui souhaiter une BONNE FETE à toutes les Mamans...Cette fête des Mères qui, dans ma jeunesse, n'existait pas en France (peut-être dans d'autres pays ?). Ce n'est qu'en 1941 qu'une journée des Mères a été instaurée officiellement. Bouquets de fleurs, "beaux dessins" , cadeaux divers, vont être remis avec amour à toutes ces mères qui se dévouent avec tant d'amour aussi...

                             Il y aura beaucoup d'émotion dans l'air !  "...une maman, ça n'a pas d'âge..." Jeune ou comme moi très âgée, elle apprécie toujours les marques de tendresse. Merci mes enfants !

                             Et aussi, ayons tous une pensée pour toutes les mamans disparues maintenant, mais que dans notre coeur nous appelons toujours Maman comme nous étions enfants.

                             Bonne journée à tous, bonne fête des Mères.

Voir les commentaires

Les années difficiles....la fin ou presque !

par Geneviève Cotty

                                    Tout arrive...il suffisait d'un peu de patience ! bon d'accord, il avait suffi de beaucoup de patience... Depuis bientôt six ans nous étions en guerre, des familles entières avaient été séparées, décimées, dans le souci, dans la peine...Etres chers disparus à jamais, maisons détruites...Et pourquoi ne pas le dire tout simplement sans vouloir faire de misérabilisme, toute une jeunesse sacrifiée ! On a coutume de dire "c'est beau la jeunesse" , mais la nôtre, a-t-elle été bonne ? Pour employer une expression moderne, elle a été tout bonnement zappée...Même lorsqu'on voulait "faire comme si" pour agacer l'occupant, ce n'était qu'en surface ! le plus profond de nous-même était atteint. Peut-on véritablement s'amuser dans la peur ? Bien sûr, il nous arrivait de rire de tout et n'importe quoi ! Je viens de lire le très beau livre de Simone VEIL intitulé "UNE VIE", elle dont la jeunesse a supporté des choses terribles...Elle dit qu'au camp, il leur arrivait de rire. Mais heureusement que la jeunesse a cette faculté..."s'empresser de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer". Personnellement j'adore cette réplique de Figaro, même maintenant alors que je suis sur la fin de ma vie. Je me souviens de cette crise de rire que nous avons tous eue, immédiatement après le bombardement de Juvisy/Athis, alors que nous venions de sortir de l'abri et de voir ce désastre...Pour une seule phrase d'une petite fille innocente !

                                      Voilà donc ce 8 mai 1945 ! Quelle date importante ce fut et quelle journée ! C'était l'armistice tellement attendu et que nous avons fêté avec tant d'enthousiasme ! ouf....c'était enfin terminé ! on allait revivre comme avant - enfin, on l'espérait - . Pour ceux qui le pouvaient, les familles allaient être à nouveau réunies, les prisonniers, les déportés allaient revenir...On ne connaissait pas encore tout à fait l'ampleur du désastre de ce côté...Je me souviens que nous allions ma mère et moi à la gare de l'est à Paris, pour voir si, dans ceux qui rentraient, il y avait des amis de mon frère et les accueillir.  Nous avons appris qu'un de ses amis, déporté à Buchenwald, était décédé quelques jours avant la libération du camp...Je revois toujours ce grand et fort garçon, mort d'épuisement...et penser que cela il le devait à un habitant de Juvisy qui l'avait dénoncé alors qu'il s'apprêtait à rejoindre l'Angleterre....Insoutenable....

                                       Et la vie a repris son cours presque normalement (là, je suis très optimiste). La République française a été de nouveau instituée (exit l'Etat Français). Nous avons voté, même les femmes et ça, c'était nouveau puisqu'avant guerre c'était réservé aux hommes ! Les discussions politiques ont repris et ça c'était pas nouveau ! La normalité était revenue... Restait à reconstruire et à faire renaître la France de ses cendres. Il y avait du travail ! 

                                        En ce qui concerne le ravitaillement et les restrictions de tous ordres...bof...rien à signaler sur l'ensemble du front suivant la formule consacrée en 1940 ! On manquait toujours de tout ou presque, il y avait toujours des coupures de courant et de gaz .. Mais au moins, ça nous était imposé par les autorités françaises ! On ne pouvait quand même pas tout avoir, le beurre et l'argent du beurre ! le beurre, on n'en n'avait pas, l'argent pas beaucoup non plus.....Mais on avait le moral et il ne nous était pas rationné ! et nous étions libres ! Vous voyez bien qu'on avait de la chance et qu'il n'y avait pas lieu de se plaindre !

                                         Et voilà, notre jeunesse était terminée. C'est ça la jeunesse ? ah bon..........

Voir les commentaires

Les années difficiles....mais vers la Libération...

par Geneviève Cotty

                                  
                                    Ce lendemain du bombardement, nous ne pouvions que constater l'immensité des dégâts ! Notre maison ? plus rien qu'un immense trou.... Heureusement famille, amis connus et inconnus, mes collègues, tous se sont efforcés de nous rendre service et nous avons grandement apprécié ces marques d'amitié. Peut-on s'imaginer que non seulement nous n'aurions pas su où aller coucher, mais que nous n'avions même pas....une brosse à dents ou du linge de rechange ! On a beau essayer de garder le moral, ça fait quand même quelque chose ! L'optimisme, c'est bien gentil, ça aide un peu bien sûr mais ça ne résout pas tous les problèmes ! Aidées, ma mère et moi nous l'avons été et ça, je ne l'oublierai jamais. Je crois que sans cette aide morale, nous n'aurions pas tenu le coup ! trop, c'était beaucoup trop !

                                     Quelques jours après ce 18 avril, nous avons été relogées à Ablon, dans une jolie villa mise à notre disposition par des personnes charmantes qui nous en ont laissé la jouissance jusqu'au début de 1946, jouissance gratuite. Cette villa en bord de Seine était leur résidence secondaire.  Ces gens nous étaient tout à fait inconnus avant cette date, seul mon patron les connaissait....Que dire si ce n'est encore un grand merci . De temps en temps, eux ou leurs enfants et petits-enfants venaient avec nous et nous mettions alors tout en commun. Nous avions trouvé là une nouvelle famille. 

                                      Notre nouvelle vie s'écoulait donc à Ablon, dans l'attente de l'arrivée des alliés que nous espérions et qui semblait de plus en plus imminente ! Mais, les alertes, les bombardements continuaient, notamment le bombardement du Pont sur la Seine à Athis, dit "Le Pont de Lyon". Après notre terrible expérience, nous avions beaucoup de mal à supporter le bruit des sirènes d'abord et le bruit des bombes. Nous avions donc très peur, inutile de la préciser...Je n'aime toujours pas le bruit des sirènes....

                                      Le 6 juin 1944 enfin, le matin très tôt, alors que j'avais travaillé au commissariat une partie de la nuit, un gardien est monté et nous a crié "les alliés ont débarqué en Normandie"! La joie était à son comble, il y avait si longtemps qu'on attendait ça. La radio venait de l'annoncer et...plus personne n'avait très envie de travailler ! La France entière devait être dans le même état d'esprit ! Je suis revenue à Ablon et ai mis ma mère au courant. Quelle joie pour elle aussi. Nous savions que ce n'était pas encore gagné, qu'il y aurait encore bien des morts, bien des peines mais c'était quand même un grand morceau du ciel gris qui se dégageait. On essayait de capter la radio (anglaise surtout) et de suivre le cheminement de tous ces jeunes pour nous délivrer....Les allemands ne semblaient plus trop croire à leur victoire et cela les rendait quelquefois un peu hargneux. On se méfiait de plus en plus..... Du côté des restrictions, aucun changement en bien tout au moins ! On ne le prenait pas mieux, mais on espérait tellement que ce n'était plus pour trop longtemps...que ça nous aidait à supporter un peu mieux.

                                      La vie s'est écoulée ainsi jusqu'en Août 1944; on se méfiait des allemands qui se méfiaient de nous et ils avaient bien raison ! La résistance, aidée par tous les jeunes réfractaires au STO, ne leur laissait aucun répit. Et cela nous réjouissait !  Enfin, ce grand jour est arrivé pour notre région, le 24 Août 1944 je crois.. Nous avons été libérés...A PARIS,  les parisiens s'étaient révoltés, des batailles de rues contre les allemands avaient eu lieu..."PARIS en COLERE". Il y eut des blessés, des morts, mais des explosions de joie ! Enfin, enfin, enfin.....que dire d'autre après tout ce temps qu'avait duré l'occupation ...quatre années de tristesse, de peines, de doutes.... Bien des films ont été tournés qui résument parfaitement l'ambiance de cette époque. Les soldats alliés aidés de soldats français (et ça faisait chaud au coeur) semblaient avoir des ailes pour repousser l'occupant. Epoque formidable et inoubliable....

                                       L'optimisme était de rigueur, mais....les allemands ont quand même eu des petits sursauts qui nous ont fait très peur. A une certaine époque, automne 1944 ou début d'hiver, ils n'ont plus reculé et sont même revenus à la charge. C'était la bataille des Ardennes et ils se rapprochaient à nouveau de Paris. On n'osait penser à ce qu'il se passerait s'ils revenaient....mais on y pensait très fort ! La peur était toujours bien présente, la guerre n'était pas terminée. Et on pensait aux prisonniers, aux déportés dont on n'avait pas de nouvelles...Et pour couronner le tout, l'hiver  1944/1945 a été très rude: froid, neige, verglas, rien ne nous a été épargné.

                                       Pour les régions libérées, nous étions à nouveau sous la direction des autorités françaises ! ouf...qu'est-ce que ça semblait bon...Bien sûr, il y eut cette période très triste appelée l'Epuration et qui a vu des choses pas toujours très belles... des règlements de comptes notamment ! Il ne m'appartient pas de juger, ce n'est pas mon rôle ici. Il y avait c'est certain des français à punir, mais pas sans procès ni par des exécutions sommaires. Trop compliqué pour moi, je laisse aux historiens ce travail qui leur revient. C'est peut-être encore trop tôt .....Des français, collaborateurs par goût ou par cupidité avaient mal agi pendant ces années d'occupation, entraînant avec leurs idées fausses la mort ou la déportation de bien des gens dont le seul tort avait été de ne pas accepter les idées hitlériennes, ou de n'être pas nés "aryens", ou de ne pas vouloir brader la France ou même d'avoir essayé de se nourrir un peu mieux !  Cette épuration n'a pas trop duré, et des procès ont eu lieu en toute légalité, heureusement.

                                       Nous nous dirigions sans doute plus lentement que prévu, vers l'Armistice...mais, même si la route était encore difficile, la direction était bonne. Encore un peu de courage, nous avions bien tenu depuis plusieurs années, la Liberté était en point de mire...

Voir les commentaires