Souvenirs "irritants".....ces années-là !
On aura eu droit à tout....
Pour nous irriter pendant les années 1940, nous avions déjà l'occupant, les restrictions, les rutabagas, les doryphores et j'en passe ! Avions-nous tellement besoin de maladies gratouillantes, irritantes, humiliantes il faut bien l'avouer...Certainement pas, et pourtant !
Comme beaucoup de français, je me suis retrouvée un beau matin avec des démangeaisons fort désagréables et surtout très mal placées ! Le pli du coude, sous les bras et bien d'autres endroits visibles ou cachés...C'est "là que ça se tenait" ! Oui, mais quoi ? Mon père, se souvenant de tous les maux des tranchées, m'avait dit en riant :"dans les tranchées, on appelait ça la "frotte" !" Je n'étais pas dans les tranchées, mais la gale, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom avait jeté son dévolu sur moi ! On l'appelait alors "gale du pain"...çà faisait mieux ! Je ne voulais pas y croire et me voici partie en consultation chez notre médecin...Il avait dû faire ses études dans les tranchées, puisqu'il a confirmé ce que m'avait dit mon père (mais en termes plus scientifiques !) Toujours sceptique je lui parle de gale du pain...Et il me répond "disons que c'est la gale des gens propres, mais c'est la gale tout de même " ! Il a eu de la chance, je n'étais pas armée....Dire ça à une jeune fille de 19 ans alors, bichonnée, pomponnée, coquette...D'accord, je me grattais comme un chien plein de puces, mais enfin, c'était vexant ! Me voici donc obligée de me frictionner avec une préparation faite par le pharmacien, et de me brosser vigoureusement avec une brosse très dure et du savon...celui que nous avions alors, plutôt pierre ponce que savon bien mousseux ! J'avais gardé de cette maladie (en était-ce vraiment une ?) un souvenir pénible physiquement et moralement ! J'en ai réchappé, puisqu'aussi bien, c'est plus désagréable que grave !
Et voilà que l'année suivante, je suis prise de petits gratouillis dans la tête...Et je trouve sur mon front un petit insecte que je ne connaissais pas. Mon père (toujours lui et ses souvenirs de guerre) me dit :"mais c'est un "toto" "! Il ne manquait plus que ça à mon bonheur ! La mode des coiffures cette année-là était : cheveux longs, crêpés, avec des échafaudages ! Une vraie forêt vierge ! Ma mère me préconise d'aller acheter de la Marie-Rose ; oui, mais j'avais honte ! Alors, j'ai envoyé un de mes collègues, chauve lui et sans complexes ! et il m'a rapporté cette lotion qui sentait assez fort, mais dont il fallait user et même abuser pour un résultat efficace....J'ai bien dû faire cinq ou six shampooings avant d'oser mettre les pieds dans un salon de coiffure !
C'était aussi ça la solidarité pendant l'occupation ! ce que l'un attrapait, il le passait à son voisin de travail ou de transports en commun ! On partageait tout..."Grattez, grattez, il en restera toujours quelque chose"...Moi, il me reste ces souvenirs "cuisants" et si désagréables à accepter alors !
