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Chemisier blanc et café....

par Geneviève Cotty

publié dans humour

                   Printemps 1941...

                   Avoir un chemisier neuf, qui vous arrivait par la poste, sans bourse délier, et surtout sans contre-partie de ces fameux tickets de textiles obligatoires, en pleine période d'occupation, ce n'était pas courant et de ce fait tellement appréciable ! C'est ce qui m'est arrivé un beau jour du printemps l941 ! Quelle aubaine...Mon père, travaillant en zone dite libre, avait pu se le procurer et me l'avait fait parvenir...J'étais très, très heureuse, encore plus que ça même ! A 18 ans, on le serait à moins !

                    C'était dimanche et ma mère avait invité à déjeuner un ami de mon frère...Bon, comme je voulais faire sensation, j'avais mis ce magnifique chemisier pour la première fois et ma mère, jamais à court d'idées pour arriver à faire un repas convenable avec "dix fois rien", nous avait concocté un déjeuner très acceptable...et qui devait se terminer par un excellent café fait avec les grains récupérés pendant quelque temps dans les "petits" paquets de café (ça s'appelait comme ça ! mais...) lesquels grains mis précieusement de côté nous permettaient de boire de très loin en très loin (!) un café presque digne de ce nom et qui nous faisait revivre, l'espace d'un instant, la période bénie d'avant-guerre ! Illusion...tout n'était qu'illusion alors !

                     Le café arrive, servi "dans les belles tasses du service" tout comme jadis. On se régalait à l'avance et...vlan ! j'expédie ma tasse non pas vers ma bouche, mais vers le sol ! Malédiction ! évidemment, mon beau chemisier blanc étant aux premières loges, sur le parcours de la tasse...n'était plus blanc ! Mouillé et couleur café (même un café de guerre, ça tache !)...J'étais honteuse d'avoir été si maladroite (entre nous, surtout en présence d'un jeune homme !), et malheureuse pour ce chemisier ! A cette époque, il n'y avait pas de lessive qui "lavait plus blanc que blanc" comme aurait dit Coluche...Quant au savon, il ressemblait plus à une pierre ponce qu'à un savon....Le sort en était jeté, je n'avais plus de chemisier ! Il avait vécu comme les roses, l'espace d'un moment....Désolée ? non catastrophée j'étais ! Et ma mère me direz-vous, qu'en pensait-elle ? Elle avait eu une réaction bien différente de la mienne, j'entends encore cette exclamation "ah ! du si bon café !". Pas un mot pour mon chemisier, ni d'ailleurs pour la nappe et son parquet auquel elle tenait tant ! Non ! Avoir gâché du café était pour elle impardonnable...le reste n'était que littérature ! 

                      Etions-nous bassement matérialistes à cette époque ? C'est vrai que la nourriture était un souci permanent et que la boisson habituelle à laquelle on donnait superbement le nom de café, n'était qu'un vulgaire ersatz...Je ne peux même pas vous dire ce que c'était, la composition en était secrète...Secret des occupants !

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S
Oui..tout le monde n'a pas les mêmes réactions ni les mêmes intérêts..ainsi il y en a qui, en voyant quelqu'un se cogner dans une vitre va vite lui demander s'il s'est fait mal alors que l'autre va regarder s'il n'a pas casser la vitre!!...Sophie
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A
Non, vous n'étiez sûrement pas "bassement matérialistes". Quelle époque de restrictions ! Je m'imagine mal devant me passer de mon "petit café du matin". Merci de nous rappeler que rien n'est acquis dans la vie !
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C
Nous n'avons pas tous les mêmes réactions...Une tache de café sur un chemisier blanc ou de couleur clair, on ne peut pas le cacher  et puis ça fait surtout bisquer... Belle soirée
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