Les jours suivants...vivre quand même !
Après cette terrible nuit...
Je repense très souvent aux jours qui ont suivi cette nuit du 18 avril 1944. Un fait était certain, nous n'avions plus de maison, plus rien et surtout, plus de vêtements !!! Pas facile pour se changer, ce dont nous avions bien besoin ! Un minimum de toilette est tout de même obligatoire...votre brosse à dents, vous la prenez où ? Chez des amis plus chanceux, avant de pouvoir en acheter une autre, quand les commerces recommenceront à ouvrir... Et les vêtements et sous-vêtements ? un vrai problème à une époque où pour avoir le moindre slip, il faut avoir des bons de textiles ! Ne parlons pas des robes et manteaux...Nos bons avaient déjà été utilisés avant le bombardement, et il fallait que les administrations se mettent en route ! Nous n'avions plus de mairie, détruite comme le reste ! Bon, comme il fallait faire contre mauvaise fortune bon coeur, et surtout compter sur le bon coeur des amis et de la famille ! Je suis reconnaissante envers tous ceux qui nous ont aidées, ma mère et moi et nous avons pris tout ça avec philosophie. Au point où nous en étions, c'était difficile de faire autrement ! Nous avons pu être logées et nourries dans un hôtel aussitôt après cette catastrophe et c'était déjà beaucoup, d'autres n'avaient pas eu cette chance.
Bien souvent, quand ma mère et moi en reparlions, cela nous amusait ! Chemises, slips, combinaisons d'origines différentes et...souvent de tailles différentes , nous étions bien obligées de les accepter ... et avec plaisir encore ! On ne pouvait quand même pas se promener en tenue d'Eve, ça ne se fait pas ! Dans notre grand désarroi, ces petits détails (petits ? pas tant que ça) semblaient importants ! Bain ou douche ressemblaient à un rêve inaccessible...Laver son linge ? un exploit !
Nous étions vivantes et il nous fallait juste un peu de patience pour attendre que tout se remette en route...La patience ? elle manquait un peu celle-là ! Et pour couronner le tout, ma bicyclette était au fond de notre "trou" et il me fallait faire de la marche pour aller travailler ! quelle époque ! Mais comment avons-nous fait ? Nous avons avancé alors petit à petit, sans réfléchir, au jour le jour...Le malheur, comme la peur, vous fait braver bien des situations....
Rien n'est impossible à l'homme dit-on. Nous en avons tous eu la preuve.
